Comment diagnostiquer l'arthrose ? Signes, examens et démarches
Vous ressentez des douleurs articulaires qui reviennent, une raideur matinale, un craquement qui vous inquiète — et vous vous demandez comment diagnostiquer l'arthrose pour en avoir le cœur net. La bonne nouvelle : le diagnostic est relativement accessible. La mauvaise : beaucoup de gens attendent trop longtemps avant de consulter, ce qui laisse la maladie progresser sans prise en charge.
Reconnaître les signes de l'arthrose
L'arthrose est une maladie dégénérative du cartilage articulaire. Elle touche préférentiellement les genoux, les hanches, la colonne vertébrale, les doigts et les pouces. Elle peut survenir dès 40 ans, mais devient plus fréquente après 60 ans.
Les symptômes typiques
La douleur mécanique — c'est la signature de l'arthrose. Elle survient à l'effort et s'améliore au repos. Contrairement aux maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, la douleur arthrosique ne réveille pas la nuit (sauf en cas de poussée).
La raideur matinale courte — moins de 30 minutes après le lever, l'articulation se "déverrouille". Une raideur qui dure plus d'une heure oriente plutôt vers une maladie inflammatoire chronique.
Les craquements articulaires — appelés crépitations, ils résultent des irrégularités de surface du cartilage usé. Ils sont rarement douloureux seuls, mais accompagnent souvent les autres signes.
La limitation progressive des amplitudes — difficultés à plier le genou complètement, à lever le bras, à tourner la tête. Cette limitation s'installe insidieusement sur des mois ou des années.
Les nodosités aux doigts — dans l'arthrose digitale, des petits renflements apparaissent sur les articulations des doigts (nodosités d'Heberden). C'est douloureux en phase active, moins ensuite.
Ce qui n'est PAS spécifique à l'arthrose
Selon moi, beaucoup de patients s'auto-diagnostiquent "arthrose" alors qu'ils souffrent d'autre chose. Des douleurs nocturnes intenses, une atteinte symétrique de nombreuses petites articulations, une fatigue générale associée — ce sont des signaux qui orientent vers d'autres pathologies rhumatismales à ne pas manquer.
Les examens qui confirment le diagnostic
La clinique (symptômes + examen physique) suffit souvent à orienter le diagnostic. Mais des examens complémentaires sont presque toujours demandés pour confirmer et évaluer la sévérité.
La radiographie : l'examen de référence
C'est le premier examen demandé. Elle révèle les signes caractéristiques : pincement de l'interligne articulaire (espace entre les deux os qui rétrécit quand le cartilage s'use), ostéophytes (excroissances osseuses), condensation sous-chondrale et géodes.
Attention : il n'y a pas toujours de corrélation entre l'image radio et la douleur ressentie. Une radiographie peut paraître peu altérée même avec une arthrose symptomatique — et vice versa.
L'IRM : pour aller plus loin
L'IRM visualise le cartilage, les ménisques, les ligaments et l'os sous-chondral. Elle est prescrite quand la radio ne suffit pas à expliquer les symptômes, ou pour évaluer précisément une arthrose avant une décision chirurgicale.
L'échographie articulaire
Utile pour détecter un épanchement synovial (liquide dans l'articulation) ou une synovite associée à la poussée. Elle guide aussi les infiltrations si nécessaire.
Les analyses de sang
Il n'existe pas de marqueur biologique spécifique de l'arthrose. En revanche, les prises de sang sont utiles pour éliminer d'autres diagnostics : bilan inflammatoire (CRP, VS), facteur rhumatoïde, acide urique. Si ces marqueurs sont normaux, l'arthrose devient plus probable.
| Examen | Ce qu'il montre | Remboursement |
|---|---|---|
| Radiographie | Pincement interligne, ostéophytes | Oui (70% Sécu) |
| IRM | Cartilage, ménisques, os sous-chondral | Partiel selon indication |
| Échographie | Épanchement, synovite | Oui sur prescription |
| Bilan sanguin | Élimination d'autres pathologies | Oui sur prescription |
Après le diagnostic : que faire ?
Ne pas attendre pour agir
L'arthrose est une maladie progressive. Plus elle est prise en charge tôt, plus on peut ralentir son évolution et maintenir une bonne qualité de vie. Attendre que "ça devienne vraiment grave" est la pire stratégie.
La rééducation en priorité
Le renforcement musculaire péri-articulaire est la mesure non médicamenteuse la plus efficace — toutes articulations confondues. Kiné spécialisée, programme d'exercices adapté, aquagym : choisissez ce qui s'adapte à votre mode de vie et pratiquez régulièrement.
Les compléments articulaires pour soutenir le cartilage
La glucosamine sulfate et la chondroïtine sulfate ont démontré un effet symptomatique modéré dans les études sur l'arthrose du genou. Le collagène hydrolysé apporte les précurseurs nécessaires à la synthèse du cartilage. Ces compléments ne guérissent pas l'arthrose, mais peuvent réduire la douleur et la fréquence des poussées sur le long terme.
Anticiper les coûts sur la durée
L'arthrose, c'est un suivi médical long terme : rhumatologue, kiné, éventuellement ostéopathe, podologue si besoin d'orthèses. La Sécu couvre une partie, mais les restes à charge peuvent être significatifs selon votre couverture.
Les outils d'évaluation : score WOMAC, EVA et questionnaires
Une fois l'arthrose diagnostiquée, comment mesurer son évolution ? Les rhumatologues et médecins généralistes utilisent des outils standardisés pour objectiver la douleur et le handicap. Les connaître vous permet de mieux comprendre le langage médical et de mieux communiquer sur votre état.
L'échelle EVA — la douleur sur 10
L'EVA (Échelle Visuelle Analogique) est le plus simple des outils. Le patient positionne un curseur ou donne un chiffre entre 0 (aucune douleur) et 10 (douleur insupportable). Simple, rapide, mais subjectif. Néanmoins, c'est souvent la première mesure effectuée en consultation et en essais cliniques pour juger l'efficacité d'un traitement.
En pratique : notez votre douleur chaque soir dans un carnet pendant 2 semaines avant votre consultation. Cela donne au médecin une image bien plus précise qu'un chiffre sur-le-moment qui ne reflète pas forcément l'état habituel.
Le score WOMAC — douleur, raideur et fonction
Le WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index) est l'outil de référence international pour évaluer l'arthrose du genou et de la hanche. Il comporte 24 questions réparties en trois sous-scores :
- Douleur (5 questions) : évaluée lors de la marche, des escaliers, la nuit, au repos et à la charge
- Raideur (2 questions) : raideur matinale et après l'immobilité
- Fonction physique (17 questions) : capacité à descendre des escaliers, se lever d'une chaise, prendre un bain, faire les courses, etc.
Chaque réponse est cotée de 0 à 4. Un score total bas = arthrose peu impactante ; un score élevé = retentissement fonctionnel important et signe souvent une réévaluation du traitement ou une orientation chirurgicale.
Le score Lequesne — pour les cas plus complexes
L'indice de Lequesne est un autre questionnaire utilisé pour le genou et la hanche (version spécifique pour chaque). Il inclut des données sur la douleur nocturne, la distance de marche maximale, la capacité à s'accroupir ou à monter des escaliers. Un score de Lequesne supérieur à 10 est généralement considéré comme une arthrose sévère, pouvant justifier une discussion sur l'indication chirurgicale.
| Outil | Ce qu'il mesure | Utilisé pour |
|---|---|---|
| EVA (0-10) | Intensité douloureuse subjective | Toutes localisations, suivi rapide |
| WOMAC (0-96) | Douleur, raideur, fonction (24 items) | Genou, hanche — études cliniques |
| Lequesne (0-24) | Douleur + capacités fonctionnelles | Genou, hanche — indication chirurgicale |
| AUSCAN | Équivalent WOMAC pour les mains | Arthrose digitale, rhizarthrose |
| HAQ (HAQ-DI) | Capacité fonctionnelle globale | Suivi longitudinal polyarthrose |
Ces scores sont utiles non seulement pour le médecin, mais pour vous : ils donnent une base objective pour mesurer les progrès sur 6 mois ou 1 an. Si votre WOMAC passe de 48 à 30 après une cure de kiné et un traitement de fond, c'est une amélioration concrète — même si vous avez encore des douleurs résiduelles.
En résumé
Savoir comment diagnostiquer l'arthrose commence par reconnaître les symptômes typiques — douleur mécanique, raideur courte, craquements — et consulter pour un bilan radiologique. Le diagnostic est accessible et rapide. Ce qui compte ensuite, c'est d'agir sans attendre : rééducation, mode de vie, compléments adaptés et suivi régulier.
L'arthrose se gère. Elle ne se résigne pas.