Arthrose du genou : symptômes, causes et solutions
La gonarthrose — arthrose du genou — est la forme d'arthrose la plus répandue en France. Elle concerne près de 4 millions de personnes et représente la première cause de handicap locomoteur chez les plus de 65 ans. Pourtant, reconnaître ses symptômes spécifiques, comprendre ses causes et connaître les solutions disponibles peut changer radicalement la trajectoire de la maladie. Entre souffrir en silence et agir intelligemment, il y a toute la différence que fait l'information.
1. Les symptômes spécifiques de l'arthrose du genou
L'arthrose du genou présente une constellation de symptômes assez caractéristiques. Les connaître permet de consulter au bon moment et d'éviter de laisser la maladie évoluer sans prise en charge.
La douleur à la descente des escaliers — signe cardinal
La plainte la plus fréquente et la plus précoce de la gonarthrose, c'est la douleur à la descente des marches. Ce symptôme est quasi pathognomonique : il reflète l'augmentation des contraintes sur le compartiment fémoro-patellaire lors de la flexion du genou en charge. La montée des escaliers est souvent mieux tolérée, ce qui distingue la gonarthrose de certaines pathologies du ménisque. Au fil du temps, la douleur apparaît aussi à la marche sur terrain plat, puis au repos, signe d'aggravation.
Les craquements — le "crepitus" articulaire
Les craquements du genou, appelés crépitations ou crepitus en sémiologie médicale, sont provoqués par l'irrégularité des surfaces cartilagineuses usées qui frottent l'une contre l'autre. On les ressent parfois plus qu'on ne les entend, comme une sensation de papier de verre sous la rotule. À noter : des craquements isolés, sans douleur ni gonflement, sont fréquents et souvent bénins. C'est l'association craquements + douleur + limitation fonctionnelle qui oriente vers une arthrose.
Le signe du rabot — raideur péri-articulaire
Le signe du rabot est une manœuvre clinique réalisée par le médecin : il mobilise la rotule de bas en haut et de côté en appuyant dessus. La sensation râpeuse et douloureuse indique une atteinte fémoro-patellaire. En pratique quotidienne, ce signe correspond à la raideur que vous ressentez lors des premières flexions du matin, ou après une longue période assise — le genou "coince" puis se "dérouille" progressivement.
La déformation en varus ou valgus
Avec le temps, l'usure asymétrique du cartilage entraîne une déformation progressive de l'axe du membre inférieur. L'atteinte du compartiment interne du genou (la plus fréquente) provoque une déformation en varus — les jambes s'arquent vers l'extérieur, donnant une allure "jambes arquées". L'atteinte du compartiment externe entraîne un valgus — genoux qui se touchent, jambes en X. Ces déformations sont visibles à l'oeil nu aux stades avancés et aggravent elles-mêmes la surcharge mécanique sur le compartiment atteint : un cercle vicieux.
L'épanchement articulaire — le genou gonflé
Lors des poussées inflammatoires, la membrane synoviale produit un excès de liquide articulaire. Le genou gonfle, prend de la chaleur, et peut se mettre en position antalgique en légère flexion (30 à 40°). Un épanchement important peut limiter drastiquement la mobilité et nécessiter une ponction évacuatrice. Le signe du choc rotulien — appuyer sur la rotule et sentir le rebond — permet au médecin de détecter cet épanchement à l'examen clinique.
La limitation progressive de la flexion
L'amplitude de flexion du genou normal est de 135 à 150°. Avec la gonarthrose, elle se réduit progressivement : d'abord les positions en flexion complète (accroupissement, agenouillement), puis la flexion au-delà de 90°, enfin la flexion à 90° elle-même dans les cas avancés. Cette limitation retentit sur de nombreux gestes de la vie quotidienne : monter en voiture, se lever d'une chaise basse, se relever du sol.
2. Facteurs de risque et causes
La gonarthrose est une maladie multifactorielle. Comprendre ses causes permet d'agir sur les facteurs modifiables — et il y en a plusieurs.
L'âge — le facteur incontournable
La prévalence de la gonarthrose radiologique atteint 30 % après 60 ans et plus de 50 % après 75 ans. Le vieillissement diminue la capacité des chondrocytes à renouveler le cartilage, et réduit la qualité du liquide synovial. L'âge est le premier facteur de risque — mais il n'est pas suffisant seul pour expliquer une gonarthrose.
Le surpoids — le facteur le plus modifiable
Un IMC supérieur à 30 multiplie par 4 à 5 le risque de développer une gonarthrose. Chaque kilogramme en excès exerce une pression de 3 à 5 kg sur le genou à la marche, et jusqu'à 7 kg à la montée des escaliers. Le tissu adipeux produit également des adipokines pro-inflammatoires (leptine, adiponectine) qui accélèrent la dégradation cartilagineuse, indépendamment de la surcharge mécanique pure. C'est pourquoi la gonarthrose chez les personnes obèses touche aussi les doigts — pourtant non portants.
Les traumatismes anciens — une arthrose post-traumatique
Une entorse grave du ligament croisé antérieur (LCA), une fracture articulaire, une luxation de rotule — ces traumatismes articulaires, même parfaitement traités à l'époque, augmentent significativement le risque de gonarthrose dans les 10 à 20 ans qui suivent. La rupture du LCA, en particulier, modifie la biomécanique du genou de façon permanente et favorise l'usure cartilagineuse prématurée.
Les lésions méniscales
Les ménisques jouent un rôle d'amortisseurs et de stabilisateurs du genou. Une méniscectomie totale (ablation du ménisque) multiplie par 14 le risque de gonarthrose dans les 20 ans suivant l'intervention. Même les déchirures méniscales dégénératives (sans traumatisme aigu), très fréquentes après 50 ans, contribuent à l'arthrose en modifiant la répartition des pressions sur le cartilage.
Les activités sportives intensives
La pratique intensive de certains sports à fort impact (football, rugby, ski alpin, haltérophilie) multiplie les micro-traumatismes articulaires et peut accélérer l'usure cartilagineuse, surtout en cas de blessures ligamentaires ou méniscales associées. Cela ne signifie pas qu'il faut éviter le sport — bien au contraire. Mais un sport pratiqué à haut niveau, avec des blessures répétées, est un facteur de risque reconnu pour la gonarthrose précoce.
3. Les stades de la gonarthrose
| Stade | Classification radiologique | Symptômes cliniques | Options thérapeutiques principales |
|---|---|---|---|
| Stade 1 | Pincement articulaire minime, ostéophytes débutants | Douleur à l'effort intense, craquements occasionnels, raideur matinale brève (< 30 min) | Activité physique adaptée, perte de poids, compléments articulaires, semelles orthopédiques |
| Stade 2 | Pincement modéré, ostéophytes nets, légère sclérose sous-chondrale | Douleur à la marche et aux escaliers, limitation de flexion débutante, poussées inflammatoires occasionnelles | Kinésithérapie, antalgiques (paracétamol, AINS courte durée), viscosupplémentation, genouillère |
| Stade 3 | Pincement sévère, géodes, déformation axiale débutante | Douleur permanente avec poussées fréquentes, boiterie, limitation importante, possible épanchement récidivant | Infiltrations corticoïdes ou AH, traitement antalgique régulier, évaluation chirurgicale, prothèse unicompartimentale possible |
| Stade 4 | Pincement total (os-sur-os), grandes géodes, déformation sévère en varus/valgus | Douleur intense permanente y compris la nuit, impotence fonctionnelle majeure, déformation visible | Prothèse totale de genou (PTG) — taux de satisfaction > 85 % à 10 ans |
4. Les solutions adaptées au genou
La gonarthrose bénéficie d'un large arsenal thérapeutique. La stratégie optimale dépend du stade radiologique, du niveau de douleur, de l'âge du patient et de ses facteurs de risque.
Le renforcement du quadriceps — priorité absolue
Le quadriceps est le principal stabilisateur actif du genou. Un quadriceps fort réduit les contraintes mécaniques sur le cartilage de 30 à 40 % et diminue significativement la douleur. Les exercices recommandés : extensions de jambe assise (isométriques ou avec légère résistance), leg press à faible amplitude, vélo à selle haute (genou à 90° maximum). À pratiquer 3 fois par semaine, en dehors des phases aiguës. Selon moi, négliger le renforcement musculaire est la principale erreur dans la prise en charge de la gonarthrose — il surpasse en efficacité à long terme la plupart des traitements médicamenteux.
La genouillère — soutien et proprioception
La genouillère de maintien (type ligamentaire ou à rotule) améliore la proprioception articulaire et peut réduire la douleur lors de la marche. La genouillère de décharge à visée biomécanique (avec appui latéral) est une option plus sophistiquée pour les gonarthroses unicompartimentales : elle modifie l'axe de charge et réduit les contraintes sur le compartiment atteint, permettant de différer la chirurgie.
Les semelles orthopédiques
Pour les gonarthroses en varus (compartiment interne), une semelle avec coin valgisant sous le talon peut réorienter l'axe de charge vers le compartiment externe moins atteint. Prescrite par un rhumatologue ou un médecin du sport et réalisée par un podologue, elle est partiellement prise en charge et peut améliorer significativement la douleur à la marche sur le long terme.
Les compléments alimentaires ciblés genou
Pour la gonarthrose spécifiquement, les compléments les mieux documentés sont la glucosamine sulfate (1 500 mg/jour), la chondroïtine sulfate (800-1 200 mg/jour), le collagène marin hydrolysé, et la curcumine phytosomale. Ces compléments agissent en prévention et en entretien — pas en traitement de crise aiguë. Une cure de 3 à 6 mois est nécessaire pour en évaluer l'effet. L'association glucosamine + chondroïtine a montré dans l'étude GAIT une efficacité significative sur les douleurs modérées à sévères de la gonarthrose.
Les infiltrations — corticoïdes et viscosupplémentation
L'infiltration de corticoïdes dans le genou est très efficace pour casser une poussée inflammatoire (action en 12 à 48 heures), mais ne doit pas dépasser 3 par an. La viscosupplémentation par acide hyaluronique (1 à 3 injections selon le protocole) est une alternative intéressante pour les stades 2 et 3 : elle améliore la qualité du liquide synovial, réduit la douleur et améliore la fonction articulaire pour 6 à 12 mois en moyenne. Elle est remboursée par la Sécurité Sociale depuis 2017.
La prothèse totale de genou — quand et pourquoi
La prothèse totale de genou (PTG) est indiquée aux stades 3-4 de la gonarthrose, lorsque la qualité de vie est fortement altérée malgré un traitement médical bien conduit. Avec plus de 100 000 PTG posées chaque année en France, c'est l'une des interventions les plus pratiquées en orthopédie. Le taux de satisfaction est supérieur à 85 % à 10 ans. La récupération complète prend 3 à 6 mois. La décision doit être prise en concertation entre le patient, le rhumatologue et le chirurgien orthopédiste — jamais précipitée.
En résumé
L'arthrose du genou (gonarthrose) se manifeste par une douleur mécanique caractéristique à la descente des escaliers, des craquements, une raideur matinale et, aux stades avancés, une déformation en varus ou valgus et un épanchement articulaire. Les principaux facteurs de risque sont l'âge, le surpoids, les traumatismes anciens et les lésions méniscales. La prise en charge repose d'abord sur le renforcement du quadriceps, la gestion du poids et les compléments articulaires, avant de recourir aux infiltrations et, en dernier ressort, à la prothèse totale de genou. Plus la prise en charge est précoce, plus le pronostic fonctionnel est favorable.